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KG10262

Ghe 44.320

Harvard College Library Bowie Collection

Gift of Mrs. E. D. Brandegas

Nov, 9, 1908.

HISTOIRE

D'HÉRODOT E.

LIVRE SEPTI È M E.

POL Y M N I E.

Ν Ι

1. L'INVASION de Sardes avoit déjà (1) fort irrité Darius, fils d’Hystaspes, contre les Athéniens; mais la nouvelle de la bataille de Marathon l'aigrit encore davantage, et il n'en fut que plus animé à porter la guerre en Grèce. Incontinent il envoya ordre à toutes les villes de ses Etats de lever un plus grand nombre de troupes et de fournir une plus grande quantité de chevaux, de vivres, et de vaisseaux de guerre et de (2) transport qu'elles n'en avoient donné

pour

la

première expédition, Ces ordres ayant été portés de tous côtés, l'Asie entière fut dans une agitation continuelle pendant trois ans. Mais tandis qu'on levoit, pour cette guerre, les hommes les plus braves , et qu'on étoit occupé de ces préparatifs, on apprit la quatrième année que les Egyptiens, Tome V.

А

il en

1

qui avoient été subjugués par Cambyses, s'étoient révoltés contre les Perses. Darius n'en fut que plus ardent à marcher contre ces deux peuples.

II. Lorsque ce Prince fut prêt à partir pour aller attaquer les Egyptiens et les Athéniens, il s'éleva entre les Princes ses fils de grandes contestations au sujet de la couronne, parce que

les loix défendent en Perse au Prince d'entreprendre une expédition sans avoir désigné son successeur. Darius avoit, avant que d'être Roi, trois enfans d'une première femme, fille de Gobryas; mais depuis qu'il étoit monté sur le trône, avoit eu quatre autres d’Atosse, fille de Cyrus. Artobazanes (3) étoit l'aîné des enfans de la première femme, et Xerxes de ceux de la seconde. Comme ils n'avoient pas la même mère, ils se disputoient (4) la couronne. Artobazanes croyoit y avoir droit parce qu'il étoit l'aîné de tous les enfans, et que c'étoit un usage reçu par-tout que l’Empire appartenoit à l'aîné. Xerxes de son côté appuyoit le sien sur ce que sa mère Atosse étoit fille de Cyrus, et sur l'obligation que les Perses avoient à ce Prince de la liberté dont ils jouissoient.

III. Darius n'avoit point encore prononcé, lorsqu'arriva à Suses (5) Démarate, fils d’Ariston, qui s'étoit sauvé de Lacédémone, après avoir été dépouillé de ses Etats. Ayant entendu parler du différend qui partageoit les fils de ce Prince, il conseilla à Xerxės, suivant ce qu'en a publié la

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renommée, d'ajouter aux raisons qu'il avoit déjà données, qu'il étoit né depuis que Darius étoit monté sur le trône, au lieu qu'Artobazanes étoit venu au monde tandis que Darius n'étoit encore qu'un homme privé; que par conséquent il n'étoit ni juste, ni naturel de le lui préférer. Démarate (a) ajouta que c'étoit aussi l'usage à Sparte qu'un fils, né après l'avénement du père à la couronne, succédât au trône, quand même le père en auroit eu d'autres avant que d'être Roi. Xerxés s'étant servi des raisons que lui avoit suggéré Démarate, Darius les trouva justes , et le nomma son successeur. Au reste , le crédit et l'autorité (6) d'Atosse me persuadent qu'il n'en auroit pas moins régné, quand même il n'auroit pas fait usage du conseil de Démarate.

IV. Darius ayant (7) déclaré Xerxes son successeur, et voyant que tout étoit prêt, se disposa à se mettre en marche. Mais il mourut l'année qui suivit la révolte de l’Egypte, après avoir (8) régné trente-six ans entiers, et sans avoir eu la (9) satisfaction de punir la révolte des Egyptiens et de se venger des Athéniens.

V. Darius étant mort, son fils (10) Xerxės lui succéda. Les levées que faisoit ce jeune Prince étoient destinées contre l'Egypte, et dans les commencemens il n'avoit aucune envie de

porter la guerre en Grèce. Mais Mardonius, fils de

(a) Le grec ajoute : Qui lui donnoit ce conseil.

Gobryas et d'une soeur de Darius, et par conséquent cousin-germain de Xerxės, qui de tous les Perses avoit le plus d'ascendant sur son esprit, lui parla en ces termes : « Seigneur (11), il n'est » pas naturel de laisser impunies les insultes des » Athéniens. Ne vous occupez donc maintenant » que des affaires

que vous avez sur les bras ; mais » lorsque vous aurez châtié l'insolence des Egyp» tiens, marchez avec toutes vos forces contre » Athènes : par-là vous acquerrez de la célébrité, » et personne n'osera désormais entrer à main » arniée dans vos Etats ». A ces motifs de vengeance, il ajouta que l'Europe étoit un pays trèsbeau, d'un excellent rapport, où l'on trouvoit toutes sortes d'arbres fruitiers, et que le Roi seul méritoit de l'avoir en sa possession.

VI. Mardonius tenoit ce langage, parce qu'il étoit avide de nouveautés, et qu'il convoitoit le Gouvernement de la Grèce. Il réussit avec le temps à engager Xerxės dans cette expédition ; car il survint d'autres événemens qui contri buèrent à persuader ce Prince. D'un côté il vint de Thessalie des Ambassadeurs qui invitèrent Xerxès de la part des Aleuades (12) à marcher contre la Grèce, et qui s'employèrent avec tout le zèle possible pour l'y déterminer. Les Aleuades étoient Rois de Thessalie. D'un autre côté, ceux d'entre les Pisistratides, qui s'étoient rendus à Suses, tenoient le même langage que les Aleuades; et même ils y ajoutoient encore d'autres rai

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