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plus profonde. La mesure du pendule ne fut point oubliée. Borda, qui avait tant fait pour perfectionner toutes les autres parties des observations, inventa pour cette expérience une méthode dont l'exactitude surpassait tout ce qu'on avait imaginé jusqu'alors, et n'a pas été surpassée depuis."

The unfortunate death of Mechain, and the difficulties encountered by Arago and our Author in pursuing these undertakings in Spain, with some other minor inquiries, bring our Author to the Trigonometrical Survey of this country by General Roy and his able successor Colonel Mudge, who measured several degrees of the terrestrial meridian with great accuracy. To connect these with the French operation the Bureau des Longitudes was desirous that the same instruments employed in Spain and France should be applied to the English arc, Our Author proceeds

"Souhaiter une chose utile aux sciences, c'était avoir d'avance l'assentiment des savans d'Angleterre et l'approbation du gouvernement de ce pays éclairé. Ni l'un ni l'autre ne nous manquèrent. Le respectable sir Joseph Banks et son digne ami le Cher Blagden nous assurèrent de toutes les facilités imaginables. Le ministre de l'intérieur, M. Lainé, près de qui toute chose utile, ou honorable, n'a que la possibilité pour limite, trouva dans les ressources de sa bienveillance les moyens de fournir à cette entreprise, et le bureau des longitudes voulut bien m'en confier l'exécution.

"Je partis de Paris au commencement du mois de mai de l'année dernière, emportant avec moi les appareils qui avaient servi sur les autres points de la méridienne, un cercle répétiteur de M. Fortin, une horloge astronomique et des chronomètres de M. Bréguet, enfin, tout ce qui était nécessaire pour les observations. Des ordres du gouvernement anglais, obtenus par l'intervention tutélaire de sir Joseph Banks, attendaient cet envoi à Douvres. Il me fut remis tout entier sous le sceau de la douane, sans droits, sans visite, absolument comme si je n'eusse pas changé de pays. Les mêmes soins en protégèrent le transport jusqu'à Londres, où il fut déposé chez sir Joseph Banks. Que ne puis-je peindre ce que je sentis en voyant pour

la première fois ce vénérable compagnon de Cook! Illustre par de longs voyages; remarquable par une étendue d'esprit et par une élévation de sentimens qui le font s'intéresser également aux progrés de toutes les connaissances humaines; possesseur d'un rang élevé, d'une grande fortune, d'une considération universelle, sir Joseph a fait de tous ces avantages le patrimoine des savans de toutes les nations. Si simple, si facile dans sa bienveillance, qu'elle semble presque, pour celui qui l'éprouve, l'effet d'un droit naturellement acquis; et en même temps si bon, qu'il vous laisse tout le plaisir, toute l'individualité de la reconnaissance. Noble exemple d'un protectorat, dont toute l'autorité est fondée sur l'estime, l'attachement, le respect, la confiance libre et volontaire; dont les titres consistent uniquement dans une bonne volonté inépuisable et dans le souvenir des services rendus ; et dont la possession longue et non contestée fait supposer de rares vertus et une exquise délicatesse, quand on songe que tout ce pouvoir doit se former, se maintenir et s'exercer parmi des égaux."

This tribute of respect and gratitude to the President of the Royal Society is memorable for two reasons; as shewing that M. Biôt has entirely divested himself of that crooked jealousy which we have sometimes complained of in his otherwise illustrious countrymen; and as an Eloge without flattery, and true in the strictest sense of the word.

M. Biôt now proceeds to Edinburgh with Colonel Mudge, and afterwards with Captain Richard Mudge to the extreme northern point of the line. At Edinburgh and at Aberdeen he met with a reception worthy of the inherent hospitality of North Britons. Thence they embarked for Shetland—

"Nous restâmes long-temps en mer, retenus par des calmes ou par des vents contraires, regrettant de tout notre cœur la perte de tant de belles nuits que nous aurions pu si bien employer pour nos observations. Le sixième jour, nous laissâmes au loin sur notre gauche les Orcades et leurs montagnes rougeâtres, que ne dépassa point l'audace romaine; nous découvrîines l'île de Faira, qui vit se briser sur ses rochers le vaisseau amiral de l'invincible flotte de Philippe. Enfin les pics de

Shetland nous apparurent dans leur nuages; et le 18 juillet nous prîmes terre, non loin de la pointe australe de ces îles, où les marées de l'Atlantique, heurtant celles qui viennent de la mer de Norwège, causent un soulèvement continuel et une éternelle tempête. L'aspect désolé du sol ne démentait pas ces approches. Ce n'étaient plus ces îles fortunées de l'Espagne, ces riantes contrées, ce jardin de Valence, où les orangers, les citronniers en fleur, répandent leurs parfums autour du tombeau d'un Scipion, ou sur les ruines augustes de l'ancienne Sagonte. Ici, en abordant, sur des rocs mutilés par les flots, l'œil n'aperçoit qu'une terre humide, déserte, couverte de pierres et de mousse; des montagnes décharnées que ruine l'inclémence du ciel; pas un arbre, pas un buisson dont la vue adoucisse cet aspect sauvage; çà et là quelques huttes éparses, dont les toits recouverts d'herbe laissent échapper dans le brouillard l'épaisse fumée dont elles sont remplies. En songeant à la tristesse de ce séjour, où nous allions rester exilés pendant plusieurs mois, nous nous dirigeâmes, non sans peine, à travers des plaines et des collines sans chemin, vers le petit assemblage de maisons de pierre qui forme la capitale appelée Lerwick. Là, nous pûmes commencer à sentir que les vertus sociales d'un pays ne doivent pas se mesurer sur ses apparences de pauvreté ou de richesse. Il est impossible d'imaginer une hospitalité plus franche, plus cordiale que celle qui nous accueillit. Des personnes qui ne connaissaient nos noms que depuis un instant, s'empressaient de nous conduire par-tout. Informées de l'objet de notre voyage, elles nous donnaient d'elles-mêmes tous les renseignemens qui pouvaient nous être utiles; elles les recueillaient pour nous, et nous les transmettaient avec le même intérêt que s'il se fût agi d'une affaire qui leur eût été personnelle."

At Unst Captain Mudge became unwell; and our Author persuaded him to return to a milder climate, and remained alone to complete his researches.

"Ce fut alors que, resté seul, je pus apprécier combien il était heureux pour moi d'être venu habiter chez M. Edmonston. La bienveillance de cet excellent homme semblait croître

avec la difficulté de ma position. Je ne pouvais observer seul, au cercle répétiteur, dont la manoeuvre exige deux personnes, une qui suit l'astre, l'autre qui note les indications du niveau. M. Edmonston, qui s'intéressait à mes travaux autant que moi-même, me suggéra l'idée d'employer, pour cette dernière partie de l'observation, un jeune charpentier, qui nous avait déja donné des preuves de son intelligence et de son adresse en remontant notre observatoire; et qui, d'ailleurs, comme tous les paysans d'Ecosse et même de ces îles, savait fort bien lire, écrire et compter. Je suivis cet avis; et, ayant réduit la tâche de mon nouvel assistant à ce qu'elle pouvait être de plus simple, j'essayai de lui en donner quelques leçons peu de jours avant le départ du capitaine Mudge. Il réussit très-vite, et peut-être mieux qu'un aide plus savant n'aurait pu le faire; car il observait et marquait mon niveau avec toute la fidélité d'une mécanique; et, pour rien au monde, non pas même pour seconder mon impatience à observer, il n'aurait admis mes résultats comme bons, avant qu'ils fussent strictement dans les conditions que je lui avais prescrites, c'est-à-dire avant que la bulle du niveau fût parvenue à une parfaite immobilité. Toutefois, comme il faut bien se réserver quelques vérifications quand on veut faire d'un charpentier un astronome, j'avais, entre les nombres qu'il écrivait, certaines relations qu'il ne soupçonnait pas, et qui m'auraient indiqué ses erreurs s'il en avait commisses. Cela arriva quelquefois dans les commencemens; et il était toujours fort surpris que je pusse ainsi reconnaître et redresser une faute, que lui-même n'avait pas aperçues en la faisant, et que moi, je n'avais pas vu faire. Mais, au bout de quelques jours, ma science occulte n'eut plus aucune occasion de se montrer."

With this assistance M. Biôt completed his task; and as an apology for omitting his sprightly and intelligent remarks upon these northern barriers of the British dominions, we have the pleasure of presenting our readers with the concluding paragraphs, of this charming little narrative.

66

Après deux mois de séjour je quittai ces îles, emportant des souvenirs pour toute ma vie. Un coup de vent de l'équinoxe me ramena à Edimbourg en cinquante heures. Ce pas

sage brusque de la solitude au bruit du monde, de la simplicité patriarchale aux raffinemens de la civilisation et du luxe n'est pas sans attrait. Le colonel Elphinstone, par le plus obligeant accueil, me prouva que l'amitié n'était pas toute retirée aux îles Shetland. Ce fut alors qu'entièrement désoccupé de mes observations, je pus contempler à loisir tout ce que l'état social le plus avancé offre, dans ce pays, en institutions et en hommes; spectacle, à-la-fois consolant et triste, pour quiconque a passé sa vie au milieu des troubles du continent. Je vis un peuple pauvre, mais laborieux; libre, mais respectueusement soumis aux lois; moral et religieux sans âpreté, tolérant sans indifférence. Je vis des paysans apprendre à lire dans des livres où se trouvent des essais d'Addison et de Pope. Je vis les ouvrages de Johnson, de Chesterfield, et des plus agréables moralistes anglais, offerts en délassement à la classe moyenne du peuple : dans des coches d'eau, comme ailleurs, on y mettrait des jeux de cartes et de dés. Je vis des fermiers de village se réunir en clubs pour délibérer sur des intérèts de politique ou d'agriculture, et s'associer pour acheter des livres utiles, au nombre desquels ils mettaient l'Encyclopédie britannique, que l'on sait être rédigée, a Edimbourg, par des savans et des philosophes du premier ordre. Je vis enfin des classes supérieures de la société, assorties à ce haut degré de civilisation, et réellement dignes d'y occuper la première place par leurs lumières et par la noblesse de leurs sentimens ; je les vis excitant, dirigeant toutes les entreprises d'utilité publique, communiquans sans cesse avec le peuple, et ne se confondant jamais avec lui; s'attachant à développer son intelligence pour l'éclairer sur ses devoirs et sur ses intérêts véritables; sachant le soulager dans ses besoins, sans lui ôter les vertus et l'indépendance que donne le soin d'y pourvoir; attirant ainsi par-tout ses regards sans exciter son envie; et, pour prix de tant d'efforts, la paix, l'union, l'estime reciproque, la confiance inutuelle, et même une affection très vive, fondée d'une part sur l'habitude de la bonté et la douceur des relations intimes, de l'autre sur la reconnaissance et le respect.

En quittant l'Ecosse, je visitai les contrées les plus industrieuses de l'industrieuse Angleterre. J'observai alors un

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